Le vrai danger n’est pas l’IA elle-même. C’est la confusion : un faux message qui ressemble à une vraie application, une voix imitée au téléphone, une information sensible collée dans une conversation. Cet article vous donne une méthode concrète pour accompagner votre père, votre mère ou un grand-parent, sans le brusquer et sans tout faire à sa place.
Pourquoi l’IA peut vraiment aider une personne âgée
Avant de parler de risques, rappelons l’intérêt. Une IA conversationnelle comme ChatGPT, Gemini ou Copilot répond en langage courant. On peut lui parler à voix haute, lui demander de répéter, de reformuler plus simplement ou d’écrire en plus gros. Elle ne s’impatiente pas.
Pour une personne âgée, cela peut servir à :
- comprendre un courrier compliqué (impôts, caisse de retraite, mutuelle) ;
- préparer une liste de questions avant un rendez-vous médical ;
- écrire un petit mot aux petits-enfants ou une carte d’anniversaire ;
- trouver une recette avec ce qu’il reste dans le réfrigérateur ;
- raconter ses souvenirs et les mettre en forme pour la famille.
L’IA ne remplace ni le médecin, ni le conseiller bancaire, ni la famille. Elle sert de traducteur et de secrétaire patient. C’est ce message qu’il faut transmettre dès le départ.
Commencez par un seul outil, installé par vous
La première erreur, c’est d’installer trois applications « pour comparer ». Une personne qui débute a besoin d’un seul repère : une icône, toujours au même endroit, qui ouvre toujours la même chose.
- Choisissez un seul assistant (celui que vous connaissez le mieux, pour pouvoir dépanner).
- Installez l’application officielle vous-même, depuis le magasin d’applications du téléphone ou de la tablette, jamais depuis un lien reçu par SMS ou par e-mail.
- Créez le compte avec votre parent, devant lui, et notez l’adresse e-mail utilisée sur un papier rangé avec ses autres papiers importants.
- Placez l’icône sur le premier écran, et retirez les applications d’IA inconnues ou en double.
- Activez la saisie vocale : beaucoup de seniors préfèrent parler plutôt que taper.
- Faites ensemble un premier essai sur un sujet sans enjeu : une recette, une question sur le jardin, une explication d’un mot.
La version gratuite suffit largement pour commencer. Si un abonnement devient utile plus tard, vérifiez le tarif actuel sur le site officiel et décidez-en ensemble. Méfiez-vous de toute application qui réclame un paiement dès l’installation en se présentant comme « l’IA officielle ».
Posez trois règles simples, écrites sur papier
Les consignes orales s’oublient. Une feuille posée près de l’ordinateur ou glissée dans l’étui de la tablette fonctionne bien mieux. Gardez peu de règles, formulées clairement :
- Règle 1 : je ne donne jamais mes codes. Ni code de carte bancaire, ni mot de passe, ni code reçu par SMS. Ni à l’IA, ni à personne au téléphone. Une banque ne demande jamais vos codes par téléphone.
- Règle 2 : je ne colle pas mes papiers d’identité. Pas de numéro de sécurité sociale, de pièce d’identité, de RIB complet ou d’ordonnance avec nom et adresse dans une conversation avec l’IA.
- Règle 3 : en cas de doute, j’appelle [prénom du proche] avant de faire quoi que ce soit. Notez le numéro en gros sur la feuille.
Pour un courrier à faire expliquer, montrez la bonne pratique : on recopie seulement le passage difficile, ou on prend une photo en masquant le nom, l’adresse et les numéros de dossier. Nous détaillons ce point dans l’article ce qu’il ne faut jamais coller dans un chat.
Apprenez-lui à bien formuler sa demande
Beaucoup de personnes âgées écrivent à l’IA comme à un moteur de recherche : deux ou trois mots. Le résultat est souvent décevant, et elles concluent que « ça ne marche pas ». Montrez-leur qu’on peut parler à l’IA comme à quelqu’un de patient, en donnant le contexte et en disant comment on veut la réponse.
Exemple de demande à copier :
« J’ai 82 ans et je ne suis pas à l’aise avec les termes administratifs. Je vais vous recopier un paragraphe d’un courrier de ma caisse de retraite. Expliquez-moi en phrases courtes ce qu’on me demande, s’il y a une date limite, et ce que je dois faire. Si quelque chose n’est pas clair, dites-le-moi au lieu de deviner. Voici le paragraphe : [coller ici le passage, sans nom ni numéro de dossier] »
Trois éléments font la différence : dire qui on est (sans données personnelles), dire ce qu’on veut obtenir, et demander à l’IA de signaler ce qu’elle ne sait pas. Pour un courrier plus engageant, l’article répondre à un courrier de la CAF, des impôts ou de la banque détaille la démarche.
Encouragez aussi votre parent à relancer : « Plus simple, s’il vous plaît », « Répétez la dernière étape », « Écrivez-le en plus gros ». C’est permis, et c’est même la bonne façon de faire.
Les arnaques qui ciblent les seniors avec l’IA
L’IA a aussi donné de nouveaux outils aux escrocs. Il ne s’agit pas d’affoler votre parent, mais de lui faire connaître quelques scénarios pour qu’il les reconnaisse :
- La voix imitée d’un proche. Un appel d’un « petit-fils » en détresse qui a besoin d’argent tout de suite. Une voix peut aujourd’hui être imitée à partir de quelques extraits. Convenez d’un mot de passe familial, simple à retenir, à demander en cas d’appel urgent.
- La fausse application d’IA. Une publicité ou un SMS qui propose « l’assistant officiel » avec un lien de téléchargement. On n’installe rien depuis un lien reçu.
- La vidéo truquée d’une personnalité. Un présentateur connu ou un médecin célèbre qui « recommande » un placement ou un remède miracle. C’est presque toujours faux.
- Le faux conseiller bancaire. Il connaît votre nom, parle bien, et demande de « valider une opération » avec un code reçu par SMS. Raccrocher et rappeler soi-même le numéro habituel de l’agence.
Ajoutez sur la feuille de règles deux repères officiels : un SMS frauduleux se signale en le transférant au 33700, et le site cybermalveillance.gouv.fr aide les victimes d’arnaques en ligne. En cas de danger immédiat, on appelle le 17. Notre guide gratuit Arnaques et deepfakes : les reconnaître sans paniquer présente ces situations calmement, avec des exemples.
Accompagner sans infantiliser
Votre parent a mené sa vie, géré un foyer, souvent un métier exigeant. Il n’a pas besoin qu’on lui parle comme à un enfant. Quelques attitudes aident beaucoup :
- Laissez-lui les mains sur l’appareil. Vous expliquez, il touche. On retient ce qu’on fait soi-même.
- Une seule nouveauté par séance. Aujourd’hui la saisie vocale, la semaine prochaine la photo d’un document.
- Préparez une fiche pas à pas avec ses propres mots, pas les vôtres : « j’appuie sur le rond bleu », plutôt que « j’ouvre l’application ».
- Valorisez les essais ratés. Une réponse bizarre de l’IA n’est pas une faute de l’utilisateur. On reformule, c’est tout.
- Restez joignable. Savoir qu’on peut appeler quelqu’un rassure plus que n’importe quel tutoriel.
Si vous habitez loin, un appel en visio où vous suivez l’écran ensemble peut remplacer une partie des visites. L’essentiel est la régularité, pas la durée.
Garder un œil, sans surveiller
Il est normal de vouloir vérifier que tout se passe bien. Mais un parent qui se sent surveillé risque de cacher ses erreurs, ce qui est exactement ce qu’il faut éviter. Proposez plutôt un rendez-vous régulier, par exemple un dimanche par mois : « Montre-moi ce que tu as demandé à l’IA ce mois-ci. » C’est l’occasion de :
- repérer une information sensible collée par mégarde et la supprimer de l’historique ;
- vérifier qu’aucune application inconnue n’a été installée ;
- rappeler qu’une réponse de l’IA sur la santé ou l’argent se vérifie toujours auprès d’un professionnel ;
- découvrir aussi ce qui lui a fait plaisir, et en parler.
L’IA peut se tromper avec beaucoup d’aplomb. Apprenez à votre parent quelques réflexes simples, présentés dans l’article les 5 réflexes pour vérifier une réponse de l’IA.
Questions fréquentes
À partir de quel âge est-ce trop tard pour apprendre ?
Il n’y a pas d’âge limite. Ce qui compte, c’est l’envie et un accompagnement patient. Avec la voix, il n’est même pas nécessaire de savoir bien taper au clavier.
Faut-il prendre un abonnement payant ?
Non, pas pour commencer. La version gratuite permet de poser des questions, d’expliquer un courrier ou d’écrire un message. Si un besoin précis apparaît, vérifiez le tarif actuel sur le site officiel avant de décider.
Mon parent peut-il demander un avis médical à l’IA ?
Il peut s’en servir pour comprendre un mot, préparer ses questions ou résumer ce qu’il veut dire au médecin. Mais il ne doit jamais modifier un traitement sur la base d’une réponse de l’IA.
Que faire s’il a donné un code ou une information bancaire ?
Contactez tout de suite la banque par son numéro habituel pour faire opposition, changez les mots de passe concernés, puis consultez cybermalveillance.gouv.fr pour connaître les démarches.
Tablette, téléphone ou ordinateur : que choisir ?
L’appareil qu’il utilise déjà, celui qu’il connaît. Une tablette offre un grand écran et un usage tactile simple, mais mieux vaut un outil familier qu’un appareil neuf à découvrir en plus de l’IA.